vendredi, 14 janvier 2005

Heaume sweet heaume

Dans l’armure le souffle manque parfois. Les suées coulent à l’intérieur en glissant sur les tempes, le long des flancs, derrière les genoux. Le mouvement bardé est lent. La foulée est prisonnière.
Il faut rester debout, avec tout ce poids sur soi, avec tous ces regards sur non-soi.
Il faut supporter ce barrage, sans place pour rien ni personne.
Il faut accepter de ne pas sentir l’effleure des roses jetées.
Il faut comprendre que nul ne peut voir le sourire.
Il faut endurer le bruit des pensées qui claquent continûment dans un boomerang métallique.
Il faut collectionner les boulons, entretenir, oublier d'inventer les clés, se résigner à une certaine forme de solitude.
Dans l’armure le souffle manque. Parce qu’on perd souvent plus à se protéger qu’à risquer. Osons. Osez. Ose.

M.R.

Commentaires

le plus ennuyeux c'est que c'est une plante qui repousse volontiers dès qu'on essaye de s'en débarrasser , meme juste un peu ... elle nous circonvient , elle se nourrit du monde et nous cache la lumière , la douceur , l'émotion ... la Vy !
tout ça pour nous éviter quelques petites ... toutes petites ... horreurs . on devrait en faire en grillage , ou en soie ...

Ecrit par : krysalia | vendredi, 14 janvier 2005

Mince, je croyais lire une épopée chevaleresque.
Cette métaphore est, tout de même, magnifique.

Ecrit par : C4l1m3r0 | vendredi, 14 janvier 2005

Le simple calcul du risque à oser est un frein à l'instinct.

Laissons faire le naturel qui reviendra au galop.

Ecrit par : barnabé | vendredi, 14 janvier 2005

Et parfois sous l'armure, il y a aussi un masque.
Encore plus difficile à quitter tellement il a mit du temps pour s'ajuster.

Ecrit par : m'x | vendredi, 14 janvier 2005

... Et puis un jour, tu croises ton reflet dans un miroir ou dans une porte vitrée.
Par accident.
Et tu ne reconnais ni le sourire plaqué, ni les traits figés, juste une lueur noire au fond des yeux, tout au fond du regard masqué.
Et tu t'aperçois que tu n'es même plus capable d'affronter ton regard nu.
Que, comme le dit m'x, de guerre lasse, il s'est incrusté profondemment sur ton visage.

Que ce n'est plus un jeu de survie entre toi et le reste du monde.
Que c'est juste du dégoût. Pour toi-même.
Tellement puissant que tous les courages du monde n'en viendraient pas à bout.

Ecrit par : Psyché | vendredi, 14 janvier 2005

Il y a pire que les armures ou les masques: il y a les robots. Ces gens qui ne réfléchissent pas, qui ne ressentent pas, qui s'en foutent... Mieux vaut encore être un chevalier ou un comédien qu'un robot.

Ecrit par : l'archer vert | vendredi, 14 janvier 2005

Ce texte est peut-être la plus belle architecture qui soit sortie à ce jour de votre plume bifide. J'en ai la gorge serrée, en souvenir de certaines chevalières de l'inutile. Croisées, aimées au hasard de tournois sans espoir, puis finalement quittées. De guerre lasse.

Ecrit par : L'Ho. | vendredi, 14 janvier 2005

tres tres beau texte...

Ecrit par : nausicaa | vendredi, 14 janvier 2005

La choisir légère, facile à retirer et à remettre !

Ecrit par : dilou | samedi, 15 janvier 2005

Je trouve ta note extraordinaire, courte mais tellement représentative de ce que nous sommes les uns et les autres, je pense que nous avons tous une armure qui parfois nous pèse terriblement et qui parfois nous arrange !
La mienne à l'adolescence je la sentais "de plomb" et au fil des années elle s'est alléger, aluminium peut-être ! puis grosse toile de jute > légère cotonade > je glisse doucement vers la peau de pèche, mais LA SOIE comme le dit krysalia ce n'est pas encore pour aujourd'hui , il faudra encore du temps !....

Ecrit par : Pénélope | dimanche, 16 janvier 2005

Je n'ai pas le temps de parcourir l'intégrité du blog. Je zappe, de temps en temps, de jolis textes.

Ecrit par : Gabriel | samedi, 04 mars 2006

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