« Memento | Page d'accueil | Entre doigts »

vendredi, 09 juin 2006

Lettre à la fille aux yeux qui pleurent

Je t’ai cherchée tu sais.
Je t’ai cherchée comme on angoisse sur le quai d’un train manqué.
J’ai, des rues, visité les angles et les recoins, bredouille, mais pas des mots en bouquet à te tendre. Je t’ai cherchée comme on se ronge les ongles, comme on se mord la lèvre, comme on se tord les mains.

Je me souviens du mensonge de l’instant d’avant, de mes pas alors de plume. Cela ressemblait à un dimanche de l’esprit, le sourire se faisait croire une perpétuité et la musique berçait la conscience au repos.
Pour un baiser que l’on m’avait volé la veille je troquais le monde. Pour cet inattendu, unique et si rarement bouleversant, je vivais ailleurs.

Je sais à peine ce que tu as murmuré, mon égoïste moment ne voulait pas s’égratigner. Mais je revois ton visage, ta jeunesse courbée sous le poids. Et tes yeux qui pleurent la détresse, sans eau ni fond, deux immenses puits écorchés.
Je ne veux plus savoir ce que j’ai bafouillé, même avec le sourire, même avec le geste sur ton bras. Je ne veux plus savoir.
Il a fallu cent cinquante mètres pour me revenir de bien plus loin, une minute de pas pour que la musique se taise peu à peu et que le bitume redevienne couleur asphalte. Il a fallu trop pour que je réalise et tue le parallèle qui te trahissait.
Soudainement immobile sur le trottoir, estomaquée d’être si malléable, je me criais des gifles pour m’être vendue pour un baiser. Lui si magnifique et si doux devenait en un instant monstrueux. Un appât à l’indifférence, un maudit qui m’avait emprisonnée.
Et quand je me suis retournée tu n’étais plus là.

Je t’ai cherchée tu sais.
J’ai marché pendant plus d’une heure sans te trouver.
Je voulais te prendre la main et m’asseoir avec toi, déposer à tes pieds tous les plus beaux baisers de ma vie et écouter ce que tes yeux pleuraient. Je voulais que tu saches mon opprobre. Je voulais te donner le temps dont je t’avais dépouillée. Je voulais te montrer combien j’étais laide en cet instant, te prouver que ce n’était pas à toi de t’excuser.
Un comble qui résonne.
Car si je sais à peine ce que tu as dit, je suis sûre d’un de tes chuchotements. Avec tes yeux de puits et ta jeunesse voûtée. 
« Pardon de vous importuner »

M.R.

Commentaires

En lisant cette lettre égarée écrite avec adresse…
j’ai écris maintes fois la réponse, et de ratures en hoquet je n’arrive qu’à laisser trois points de suspension…

Ecrit par : Madison | vendredi, 09 juin 2006

A celle qui se sent superflue et qui est pourtant essentielle...

Ecrit par : Tant-Bourrin | samedi, 10 juin 2006

Pardonnez-moi de vous importuner... Serait-il possible d'ecrire les posts de mon blog ? Ce serait juste pour un mois, histoire de ramener un maximum de lecteurs et ensuite, je vous promets que je vous embeterai plus...

Ecrit par : Miss_Blandish | dimanche, 11 juin 2006

Elle s'est peut-être enfuie, ou bien égarée, avec un garçon aux yeux mouillés.

Ecrit par : mix | lundi, 12 juin 2006

La différence entre la lecture à voix haute et la lecture en silence, c'est que l'on peut lire en silence avec la gorge nouée...

Ecrit par : L'Homme du Moment | jeudi, 15 juin 2006

... et que l'on ne peut, malheureusement, nouer le silence avec les gorges lues.

Ecrit par : charlesbolduc | dimanche, 18 juin 2006

j'epère que tu aimes aussi les sourires des passantes sur les quais..

Ecrit par : fabie | dimanche, 18 juin 2006

oh j aimerais qu a chaque fois que je pleure j aie un ange pour me regarder et me chercher apres...

Ecrit par : lunar | lundi, 03 juillet 2006

Ecrire un commentaire