vendredi, 26 octobre 2007
Acte VI, scène finale
Elle : Je sais combien tu prends de temps et combien tu le dépenses à des fins au goût de mauvais choix. Je sais ce que tes départs ont de lâche, je sais ce que tes pensées ont de mensonges, je sais ce que tes devenirs ont d’éternel. Je sais, alors ne viens pas me dire ce que tu réfléchis encore et regarde toi. Vois seulement ce que ton indignité se déguise en destin.
Lui : Je sais combien tu prends de drame et combien tu les déposes aux pieds de tes abstentions. Je sais ce que tes issues ont de murs, je sais ce que tes hypothèses ont de mystifications, je sais ce que tes avenirs ont toujours à payer. Je sais, alors ne viens pas me dire ce que tu as compris encore et regarde toi. Vois seulement ce que ton destin se déguise en infirmité.
Un silence.
Elle : Étais-je donc si folle pour t’avoir une seule seconde aimé ? Pourquoi a-t-il fallu attendre la levée du jour pour enfin apercevoir ces traits laids et grossiers ? Ce que hier encore je caressais n’était, il faut le croire, que méprisable.
Lui : Avais-je donc perdu la raison pour t’avoir un seul instant aimée ? Il faisait nuit, et en ouvrant les yeux je découvre le fade et l’imparfait. Ce que hier encore je chérissais n’était, il faut le croire, que misérable.
Un silence
Elle : J’ose à présent vous vouvoyer, car le fossé qui nous sépare est bien plus large que si mon balcon se trouvait au Mont Everest. Faudrait-il encore que vous soyez noyé au sous-sol de la mer la plus profonde. Ne m’en demandez pas le nom, je ne le connais pas et je ne m'en soucie point, parce que l’endroit où vous vous trouvez Monsieur ne m’intéresse guère.
Lui : Soyez sans crainte Madame, je mesure amplement la distance qui me tient hors de votre portée, et croyez bien que c’est là un paysage où l’on respire fort mieux. Chacun de mes pas ainsi que chacune de mes pensées ne font cas de vous, et il me plaît de rire dans un monde où vous n’avez jamais existé. Vous voyez, je vous ai déjà oubliée.
Elle : Mais qui êtes vous, butor, pour vous adresser ainsi à moi ? Nous n’avons jamais été présentés à ce que je sache, ou alors cette insignifiance a été jugée trop futile par ma mémoire. Adieu.
Lui : Si Dieu en décidait ainsi je le supplierai de m’envoyer en enfer. À jamais.
Elle sort côté jardin. Il sort côté cour.
Il est des actes que l’on n’écrit jamais. Personne ne nous prévient du mensonge qu'il y a dans le mot "Fin". Les héros préfèrent mourir ou se taire après l’union.
Retour acte I. Ad libitum.
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lundi, 01 octobre 2007
De l'Amour et du hasard
Je m’en souviens bien.
J’étais assise les pieds ballants à ne pas trop savoir où poser l’âme. Elle vagabondait donc sans oser déranger celui qui était assis juste en face. Lui s’affairait dans des dossiers gigantesques, sortait des listes qu’il éparpillait puis triait. Le silence durait depuis une éternité et le moment de le rompre était à son gré. Il m’avait à peine regardée, il avait juste posé la première question à la place des yeux.
« -Vous avez des préférences ?
-Comme tout le monde j’imagine.
-Une origine ? Une couleur de peau ?
-Non, cela m’est égal.
-Ça laisse un nombre de candidats trop important. Un milieu favorisé financièrement ?
-Non, cela m’importe peu.
-Une religion particulière ?
-Sûrement pas. »
Il s’était alors adossé un instant. Il était sombre et grognait un peu, visiblement contrarié.
« -Donnez-moi vos critères, sinon je ne vous trouverais personne.
-L’amour.
-Ce n’est pas un critère ça, tout ceux qui viennent me voir veulent l’amour.
-Pas n’importe quel amour. Un de ceux qui ne sont pas obligés ou mérités. »
Toujours ombrageux il s’était penché vers son ordinateur. Il activait des profils, consultait des fiches tout en continuant l’interrogatoire.
« -Pouvez-vous être plus précise?
-Je le rêve entier, épanouissant, indéfectible. Il faudrait qu’il supporte mes erreurs, mes contradictions, mes silences, mes absences, mes colères, mes tristesses, mes délires.
-Nous avançons… mais encore ?
-Je le désirerais attentionné sans être adhésif, à l’écoute sans être ingérant. »
Son visage s’éclaircissait petit à petit. Il écoutait en entrant des codes et vérifiait l’écran à chaque nouvelle donnée entrée.
« -Faites attention, ne soyez pas trop exigeante non plus, sinon personne ne correspondra à ce que vous souhaitez. Il nous reste 3564 fiches.
-Je voudrais le rire, la chaleur, la culture…
-2068…
-La curiosité, l’ouverture d’esprit, le respect…
-1402…
-Le soutien et l’encouragement mutuel, la tolérance et l’accueil…
-886…
-La folie, la jeunesse perpétuelle, l’intégrité…
-258…
-Le goût pour la musique, la table et le vin…
-102…
-Et surtout, surtout, je voudrais la liberté d’être. »
Il avait eu un instant d’arrêt, comme les quelques secondes où la nuit tient encore le bras au soleil à peine levé.
« -Pardon ?
-La liberté d’être. Malgré le regard des autres ou de la société. Malgré l’atypie ou les chemins envisagés. Malgré ce que l’on pourrait attendre ou rêver. La liberté d’être ce que je suis, sans jugement, sans déception, sans facture, sans demander autre chose que la simple réciproque à tout cela. »
Il hésitait, sûrement soufflé d'entendre tout souhaité.
J'avais osé, quitte à tout gagner.
« -Vous savez, je ne suis pas sûr que l’on trouve… Je vais à tout hasard entrer ce dernier critère, mais l’ensemble de ce que vous demandez est plus que rare. »
Il pianotait une dernière fois.
Il en restait deux.
J’avais de la chance, les deux me désiraient.
Je m’en souviens bien.
C’est tout de suite après que je suis née.
M.R.
Si on m’avait montré la terre avant de naître en me demandant de choisir mes parents, c’est eux que j’aurais choisis
À Danielle et Maurice, mes cadeaux du ciel. Pour cette vie, et toutes celles d’après…
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mardi, 08 mai 2007
Histoire
Elle était belle et rêvait encore, malgré de grandes amours déçues et quelques cicatrices au creux du sein. Elle palpitait, criait parfois, se disputait aussi, mais quand elle souriait c’était un feu de toutes les couleurs. Elle aimait les livres et la liberté, le vin et la paix, l’odeur de la forêt et les cabarets. Elle avait mille idées qu’elle changeait régulièrement et des millions de robes qu’elle gardait toujours. Elle avait grandi à travers ses crises existentielles, appris de ses expériences, mûri au fil des années. Elle vivait, tout simplement.
Il est entré dans sa vie un jour où, un peu fatiguée, avec quelques soucis en tête et des courbatures aux jambes, elle bêchait au jardin en se demandant ce qu’elle pourrait cette fois essayer d’y planter. À vrai dire elle ne se souvient plus très bien, elle sait juste qu’il lui a pris la main en lui disant : « C’est toi que je cherchais, c’est moi que tu cherchais »
De tous ses prétendants il n’était pas le plus beau, mais il venait tous les jours s’asseoir dans l’ombre, avec des fleurs plein les bras, des promesses plein la voix et des rêves de montagnes jamais explorées. Elle s’alanguissait au charme, petit à petit se laissait bercer.
« -J’ai envie d’avoir chaud
-Tu auras le soleil pour chapeau
-J’ai envie de vent glacé
-Tu auras aussi la neige en collier »
« -J’ai besoin d’une pelouse pour mes chats
-Je couperai les rosiers pour te donner l’espace
-J’ai besoin de place pour planter mes roses
-Je tuerai les chats pour que tu puisses le faire »
Elle s’alanguissait donc, même lorsque ses amis venaient lui chuchoter qu’il crachait pendant qu’elle avait le dos tourné, même quand on lui racontait qu’il avait donné des coups de pieds, mis le feu au bar et pillé le poulailler. Cela la troublait bien un peu, mais il savait lui faire oublier.
«- Pourquoi en veux tu à mes chats ?
-Mais je n’ai rien contre eux, ne t’ai-je pas dit que j’étais prêt à leur sacrifier les roses ?
-Pourquoi n’aimes tu pas mes roses ?
-Mais je les adore, ne t’ai-je pas promis de leur laisser la place des chats ? »
Il lui imaginait parfois des monstres mais assurait qu’il savait les terrasser. Il se méfiait du vieux cantonnier mais jurait qu’il la protégeait.
Et puis, un soir aux chandelles, il a lu le menu d’un festin, a fait trembler sa voix en tendant ses mains.
« Je t’aime et te veux mienne. Epouse-moi et nos noces seront à cette table là. Jamais mari ne te sera aussi dévoué, jamais amant ne sera plus attentif. Ne t'en fais plus pour rien, je m'occupe de tout »
Elle a dit oui en s’offrant à genoux.
Alors il l’a baisée. Jusqu’aux tréfonds de la chair il distribuait ses coups de butoir en jouissant d’une puissance enfin concédée. Il a trié ses livres pour en jeter la moitié. Il a confisqué son vin, choisi ses robes, surveillé ses fréquentations, fermé les cabarets. Quand elle voulait cuisiner il lui faisait laver les sols, quand elle voulait rêver il la privait de dîner. Il ne voulait personne à leur table et lui indiquait comment parler. De l’argent du foyer il lui concédait quelques pièces pour le marché en lui assurant que le reste était en sûreté. Elle n’avait le droit ni de crier, ni de se disputer, et c’est lui qui avait les idées. Il a tué les chats et dressé des chiens, arraché les roses et planté des statues.
Elle avait troqué sa maison contre une tour et parfois, pour ne pas montrer qu’elle souffrait, elle descendait à la cave rendre visite à ses amis qui se cachaient.
« Tu vois, lui disaient-ils, tu aurais mieux fait de choisir Paul ou Jean. Ils étaient certes très différents l’un de l’autre, mais aucun des deux ne t’auraient battue. Tu serais restée la plus forte, alors que l’extrême affaiblit toujours et oblige à la peur de quitter tes chaînes. »
Enfin, un soir de révolte elle a voulu divorcer. Alors il a rit en disant « Regarde les enfants que je t’ai fait. Et vois ton ventre, même si je pars il enfle encore de moi. Tout cela tu ne pourras pas l’effacer »
Elle s’appelait France.
Et je vous jure que quand elle a dit oui, j’ai pleuré.
M.R.
Les dictatures, même déguisées, sont le résultat de la défaite de l’esprit et de la victoire de la manipulation. Ne pas en vouloir aux aveuglés, mais toujours se souvenir des opportunistes…
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mardi, 03 avril 2007
Tes mains sur la tenaille
Le bruit des bottes ne fait plus semblant, il faut les entendre cracher les sangs. Cent kilomètres de pieds, ça use. Ça use les réfugiés de la faim, de la peur, et les différents. Mais demain les verras-tu ? Demain ils seront huit cent.
Tu dis « C’est tant mieux, bordel, puis on s’en fout »
Le bruit des bottes ne fait plus semblant, il faut les entendre claquer leurs rangs. Huit cent kilomètres de pieds, ça use. Ça use les souliers des ballerines et des enfants. Mais demain les verras-tu ? Demain ils seront mille six cent.
Tu dis « C’est pas grave, bordel, puis on s’en fout »
Le bruit des bottes ne fait plus semblant, il faudra les entendre casser tes dents. Mille six cent kilomètres de pieds, ça use. Ça use même les moins farouches et les plus croyants. Et demain tu ne les verras plus. Demain ils auront ta prison, et toi tes millions d’impuissants.
Tu diras « C’est quoi ce bordel, tout le monde s’en fout ? »
Le bruit des bottes ne vient jamais que pour les autres. Au moins ça, le verras-tu ?
"Ceux qui peuvent abandonner une liberté essentielle en échange d'un peu de sécurité immédiate ne méritent ni liberté, ni sécurité" (Benjamin Franklin)
M.R.
Au chauffeur du Taxi N°473_, à mon oncle, à Mme P., à mon voisin, au concierge de la rue des martyrs, à d'autres, à toi...
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samedi, 17 mars 2007
Ritournelle et lui
Trois petits chats, chapeau de paille, paillasson, somnambule, bulletin, tintamarre… marre…marre. À bout.
J’ai fait le compte de ce que tu me dois dans la prise de conscience. Humaine nécessité d’être aveugle et sourd comme impôt de ce que l’on croit. De bois le chèque, j’encaisse mais ne te rends pas la monnaie de ta pièce en cinq actes.
Des trois coups à se pendre au rideau de fer, repasser son chemin à l’envers, à l’endroit. Où je me trouvais les excuses à demander l’aumône n’était que décor étranger, le rejet d’eau ne sera plus à présent. De l’indicatif d’une nouvelle ère la mélodie se fait entendre. La main devant les yeux je retire, et enfin touche de couleur les ciels orageux. De cartes à abattre en retraite, te voilà dépourvu. Que cela dure maintenant, et les aboutissants resteront à mon compte.
Un, deux, trois.
Trois petits chats, château de sable, sablière, hier encore, corde raide, raide au fond, fond de cale.
Cale et redémarre… marre…marre.
M.R.
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lundi, 22 janvier 2007
En revenant de la péninsule
Traîner un lourd coton, flageoler l’entre-monde de deux états qui semblent ennemis. De ce conflit éclater une vague de soi en raz de grège.
Enfoncer les poings dans les poches, émerger les yeux des leurs, s’affaiblir au vent en y trouvant une force, et ne plus savoir si la lumière fait bien ou mal.
Hésiter toujours, du corps et de la raison, toutes les matières encore grises.
Autoriser l’heure à ne plus choisir, à laisser venir, lui permettre même l’affront de ne rien faciliter.
Perdre le nom d’un bitume, le prénom d’un lit, l’empreinte de la délectation ou de l’opprobre, la borne des passés. Accorder au pas suivant le droit de tout mélanger.
S’égarer pour être incapable d'effacer, faire un peu durer l’exil à l’impression de ne plus s’habiter. Aimer l’instant, détester le moment, confondre tout le temps.
Puis ne plus pouvoir, même si ne pas encore vouloir.
Sur le trajet retour de l’abandon, en revenant de la péninsule, chuchoter aux préambules.
« Je reviens chez moi. Je reviens chez moi »
M.R.
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jeudi, 21 décembre 2006
L'ultime confidence
Je n’ai rien dit, j’ai tout écrit. Sauf les mots.
Je me suis tue et sans foi, ai noyé aux flots les désireux de s’abreuver.
Tête première et cœur en arrière, je plonge en vocables somnifères. Mais parenthèses refermées, leurs points d’interrogation s’effacent, me restent les pointillés. Parler sans peine n’est pas un problème quand les lourdes sont enfoncées.
Je n’ai rien dit tu sais, je n’ai rien dit. Sauf des tas, des amas de mots qui évoquent parfois et se bercent toujours.
J’ai tout écrit et à rendre sourd, le bruit des yeux s’y égare toujours.
De mine de feutre en mine de rien, je grave les cris aux interlignes. Mes paragraphes repeints pour ne pas vendre ma peau, les bon sens se décuplent à en perdre le haut. Ecrire avec peine n’est pas un problème quand les encrées n’ont pas d’adresse.
J’ai tout écrit tu sais, j’ai tout écrit. Sauf les mots exacts, les évidents qui me giflent parfois et se cachent toujours.
Je n’ai rien dit.
J’ai tout écrit.
Sauf les mots.
"Do you read me? Do you read me loud? Do you hear me coming to you...?" (Ghinzu)
M.R.
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mardi, 10 octobre 2006
Aux alcôves des femmes
Souvent c’est l’attente qui se préfère.
Le rendez-vous encore en suspension, les fourmis des préparatifs même moindres, la légère nervosité qui se pique de plaisir et se projette le bientôt.
Dans ce moment précieux et mensonger peu importe celui qui vient. Il vient et cela suffit. La même fébrilité s’active, quel qu’il soit, juste pour une poignée de temps à être enfin dans le monde. Les heures de latente.
Souvent la fin vient immédiatement après le premier départ.
Le goût de deuil dans la bouche, il faut se plier doucement à ce qui n’est déjà plus. Sûrement pour ne pas trop savoir tisser l'après.
Souvent dans ce moment premier de solitude récupérée, il y a la tristesse à pourrir les suites.
Et l’abandon qui tangue, le rejet sur les berges de l’hors-vie.
A nouveau fragile de n’être plus rien, puisque déjà plus espérée.
Comme si assouvie signifiait morte.
Rare est celui qui donne l’envie de ressusciter.
"...dans les yeux, dans le coeur, dans les bras d'une femme, (qu') on garde au fond de soi comme on garde un mystère."
(Léo Ferré)
M.R.
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vendredi, 08 septembre 2006
Sous-entendu
Au bout de la faiblesse, à la minute où brûle ta laisse.
Au sourire mine de rien, il n’est plus l’heure des chiens.
Au-dedans à l’envers, se retourner mais taire l’ouvert.
Au défi à la face, du ventre ne pas laisser la trace.
Rien ne m’est encore égal, à moitié découverte, de la mesure du mal, en force pas en perte.
Ce qui est dit si bas, sait toujours qu'il arrive de toi.
Cet ainsi tant chuté, ne pouvait s’éteindre à mes pieds.
Ce qui signe autant, aux poussières du reste comprend.
Ce qui saigne chagrin, leurre partage et feu commun.
Aussi immense l’océan, ne peut se comparer, au prénom qui s’entend, le pouvoir de séparer.
M.R.
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vendredi, 25 août 2006
Le haut de l'iceberg
Nos au revoirs sonnaient toujours comme des adieux.
Et il fallait à chaque fois espérer ce lien à respirer. Encore. À nouveau.
Nos partages tintaient toujours comme des précieux.
Et il fallait à chaque fois éviter ce compte à égrener. Si fort. À rebours.
Et puis ce temps du salon vide, avec cette chaise à ne rien regarder.
Et puis ces minutes. Ce douloureux réveil à te fixer. À te sentir froid. À croire encore que la trace sur le coussin est de toi. À comprendre que tu n’es plus là.
Ce douloureux réveil qui n’en finit pas.
De la promesse rien n’a été oublié, mais c’est seule qu’il a fallu se saouler. Un tourbillon de verres pour une seule pensée, également haute, forte et levée.
Notre adieu sonne à présent comme un au revoir.
Je t’emporte avec moi, n’aies plus peur, finalement elle ne t’aura pas.
À Charly, disparu ce 02 août 2006
M.R.
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