jeudi, 27 mars 2008

L'initiation

Elle me parlait comme on parle aux laides, avec cette gentillesse sans bornes aux petites condescendances. Je me taisais, fausse dupe gravant son regard, imprimant à tout jamais ses chaleurs, jusqu’au troisième degré. Son âme s’achetait inconsciemment, son aisance, son essence, sa voix de velours et ses mains fines sur mon bras. Ses quelques questions ne s’intéressaient même pas, ou alors pas vraiment, ou du moins pas réellement à moi.
Elle me parlait comme on parle aux laides.
Et j’apprenais pour la première fois à reconnaître la mansuétude, la faveur maladroite de celles qui ne craignent rien.

M.R.

mardi, 15 janvier 2008

Compte à dormir debout

La marchande de quatre saisons a dû épouser celui de sable. C’est sûrement pour cela que le printemps n’a pas fait de bruit. Il n’y a pas eu d’hirondelles, il n’y a pas eu de giboulées. L’été tout aussi discret n’a proposé aucune chaleur et l’automne s’en est pareillement allé. Il n’y a pas eu de brames, il n’y a pas eu de vignes à récolter.  Quant à l’hiver aucun moyen de s’en rappeler.

La marchande de quatre saisons a dû épouser celui de sable.
Les noces ont eu lieu un jour de drame.
Depuis ils se nomment Coppelius et Kaalii, leurs filles sont errance et vacuité.
Depuis on sait que les marchands de rêves réclament des années pour se faire payer.

M.R.

mardi, 13 novembre 2007

L'achevé

En arrivant au domaine il ne restait que de la fumée, des squelettes de pierres et des terres brûlées. Au bout à bout les jambes ne se portaient plus et se faisaient la belle pour finir sur le cul. En deuxième nouvelle les paupières soulevées comptaient le fur et la mesure, la distance réalisée. La main d’abord portée au front pour des gouttes en suée, s’affaissait en abandon pour les laisser tomber. Et de la bouche en soupir le souffle s’allongeait, pour finir par y mourir en brouillard imparfait.

En arrivant au domaine du goût de l’achevé, il est une chose bien plus longue à accepter: cette seconde heure où tout peut commencer. 

M.R.

"Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître." (Marguerite Yourcenar)

vendredi, 31 août 2007

Fin de tome

Au temps des pierres il y avait à saigner, ce qui est à terre ne saura plus couler. Il y avait à se fendre, se plier, s’écrouler, ce qui est une ère ne peut être foulée.

En avant à présent les corps se sont penchés, les morts dans les dents ne pourrissent plus aux pieds, moins lourds en avançant même s’ils ne peuvent se cracher.

Au temps qui sonne il y a nos clochers. La peur mais le pas. Zéro le point de compté. Lazare est un leurre, un livre vient de se fermer.

Debout. Lève toi. Nous reprenons la route.

M.R.

vendredi, 22 juin 2007

J - ...

Le jour où, sous la dune il y aura, plus de sable qu’aux paupières, plus de roches qu’aux cabas, plus de crabes qu’aux cimetières.
Le jour où, sous le lit il y aura, moins de monstres et de poussière, moins de noms et de combats, moins de nasses et de rivières.
Le jour où, sous la langue il y aura, plus de goût et moins de taire, plus d’ailleurs et moins de là, plus de foi et moins d’espère.

Le jour où je pourrais en rire à en faire tomber les dents comme on fait baisser les armes, à en foutre bien mille ans à la peau algique de l’âme.

M.R.

vendredi, 09 février 2007

Les séparés

En offrande il y a ce cœur qui bat les coups de minuit.
Et l’âme s’effeuille, minuscules déchirures qui chutent en petits tas sur le ventre. Des ombres passent, un silence au fond du regard, une absence profonde de quelques secondes. Un geste efface et le sourire revient forcé, puis ment.
Aux bouts des mots palpite la gorge, au fond de la pensée se cogne la tête. Réapprendre comme si de rien n’était, ni avant ni maintenant. Se trouver à nouveau, quelque part, mal, puis recommencer. À nouveau. Ailleurs. Mal.

Elle quitte le cinéma avant la fin de la séance. Il s’épuise à veiller parmi les autres. Une autre froisse un second paquet déjà. Et lui qui parle si bas, avec les yeux en cernes de ce qu’il ne dit pas.

Les reconnaître pour savoir ce que l’on saigne.
Savoir combien ils ne sont pas vraiment là.
Leur toucher le visage comme on rêve un baiser, sans faire un geste.
Les attendre.

 

« Je mesure le temps qu’il ne me reste pas /
pour apprendre doucement à me passer de toi » (Thomas Février)

M.R.

dimanche, 10 décembre 2006

Temps pis

Ne t’en fais pas, ce n’est plus que de la pluie.
Ca me fait la peau de glue, les os tendus, la chair transie.
Ca me fait des sillons par milliers, qui courent, couvrent, ouvrent les pores aux tracés. Je pourrais en dessiner tous les trajets. Même quand tout redouble, même quand tout inonde à m’en faire le vêtement trop petit.

Ce n’est plus que ça tu vois, de l’eau du dehors à soulager les insomnies. Le visage offert à cette lave froide, les bras éponges en croix de bois, c’est insensé comme on peut ainsi se couper.
Et plus rien d’autre n’est, sinon la gravité. Celle qui fait tenir debout comme un « I » sans poing d’honneur dressé.
Et plus rien d’autre naît, sinon la conscience. D’un autre temps aux mêmes symptômes dépassés.

Ne t’en fais pas, ce n’est plus que de la pluie, ça fait trop longtemps que...

M.R.

samedi, 11 novembre 2006

Déclinaisons

Je suis imparfaite, tu es imparfait, elle est imparfaite.
Nous sommes présents.
Baissez les vents de tous ces recueils, à souffler sur les châteaux il ne reste que le sable mouillé.

Je suis imparfaite, tu es imparfaite, il est imparfait.
Nous sommes présents.
Goutte à goutte aux mots de plomb les cœurs se font lourds, aux murmures continus le vacarme n’est pas le danger.

Souvenez-vous. Par-dessus tout. Avant la peine d’un futur au passé.
Nous sommes présents aux bonnes raisons de se conjuguer, même imparfaits.

« Je mets en fait que si tous les hommes savaient ce qu’ils disent les uns des autres, il n’y aurait pas quatre amis dans le monde »  (Blaise Pascal)

M.R.

lundi, 02 octobre 2006

Vampire

La peau sur les os de l’espoir, le soupir au seul nom d’ennui, l’affront craché au rêve, l’athéisme de la métamorphose.

L’entends-tu ?

L’entends-tu grignoter le terrain, ronger la substance, vider le vivant ?
L’entends-tu susurrer, l’hypnotique qui avance, la gangrène des blessures ?
Ecoute bien. Ecoute et comprends ce que les berceuses ont de requiem.
« Je t’offre en défense l’amertume, en refuge l’immobilisme, en secret l’impuissance. J’ai recueilli ta dernière volonté, tu peux donc errer à la grâce de ne plus te savoir debout. Voilà mon vide sans vertige et ma lanterne sans chaleur.
Je suis ta résignation »

M.R.

mardi, 11 juillet 2006

Panser

La poursuivre jusqu’au bout, jusqu’à l’essoufflement des milliers de chevaux, jusqu’à ce que sa trace ne soit qu’une ligne floue, sans distinction qu’un vague tout.

La poursuivre jusqu’au hors des territoires, jusqu’au soi lointain, jusqu’à ce qu’elle croit prendre d’épaisseur sans se rendre compte de ce qu’elle perd de saveur.

La poursuivre jusqu’au ridicule, jusqu’au brasier puis aux cendres, jusqu’à l’épuisement puis l’indifférence.

La poursuivre jusqu’au haut d’en avoir le cœur.
Puis jusqu’à la chute.
Connaître le chemin et s’en rappeler pour la suppléante.

La poursuivre pour ne savoir la chasser.

M.R.

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